Se séparer d'un être aimé ne se joue pas, pour l'essentiel, dans le fait de le quitter ou d'être quittée. Se séparer c'est découvrir paradoxalement l'espoir insensé et sans cesse inaccessible d'une relation nouvelle, autre, différente et d'abord avec soi-même.
Le plus douloureux pour moi n'a pas été de te perdre, mais de renoncer à l'espoir fou que tu reviendrais, que tu m'appellerais. Car, plusieurs mois après ta décision, cet espoir resurgissait, tenace, obsédant, impérieux par instants, parfois léger comme un mirage, d'autres fois lourd et pesant comme un ciel d'orage.
C'est au petit matin, les yeux encore fermés, que je m'entendais dans mon corps faire des projets, évoquer le plaisir d'un partage, croire en un morceau de rêve à vivre encore ensemble, imaginer que le téléphone allait sonner, que tu allais arriver vivant, présent... que notre accord serait à nouveau intact, entier, et à nouveau émerveillé, comme il le fut si souvent.
C'est après ton départ que je t'ai porté en moi plus intense que jamais. Te quitter n'était pas très difficile tant que je pouvais garder le sentiment de ne pas t'avoir perdu. Tant que j'avais la certitude que nous n'étions pas allés, toi et moi, jusqu'au bout de nos sentiments, de nos émois ou de nos plaisirs, tant qu'il y avait encore un possible. (...)
J'avais cru qu'il me suffisait de t'aimer pour te garder à jamais. Au réveil j'ai bien entendu que c'etait moi qui te quittais ainsi, renonçant à l'espoir de ton retour. J'étais libérée. Non plus ignorée, rejetée, mais déposée aux berges d'une vie nouvelle. J'avais dix-sept ans, je pouvais naître encore. Je retrouvais le droit de vivre.